dimanche 8 septembre 2019

Chronique "Signé Poète X" d'Elizabeth Acevedo



Harlem. Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n'est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l'apaise, c'est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu'elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes. 
Jusqu'au jour où un club de slam se crée dans son lycée. L'occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix. 


Quand j’ai reçu ce roman dans ma boîte aux lettres, j’en avais déjà entendu parler sur le booktube anglophone sans jamais réellement m’y intéresser. Publié par Nathan pour la rentrée littéraire, je me suis dis que c’était le moment de sortir de ma zone de confort en lisant un roman écrit uniquement en vers. J’ai adoré cette nouvelle expérience littéraire ! 

Dans cette histoire, nous suivons Xiomara, une adolescente de 15 ans vivant à Harlem et aux origines dominicaines. Entre un père effacé et une mère extrêmement religieuse, Xiomara et son frère jumeau cherchent tous les deux à se construire et à se faire une place dans ce monde. J’ai aimé suivre Xiomara, une jeune fille au fort caractère, talentueuse, qui n’hésite pas à dire ce qu’elle pense. Sa rébellion face à sa famille, la société, les conventions est inspirant et courageux. 

Je ne m’attendais pas à découvrir autant de thèmes traités dans ce roman surtout sous cette forme. L’autrice a décidé de parler de la religion, de la place de la femme dans une société où on la réprime et n’a pas la parole, du slam et de l’univers auquel il appartient, de la sexualité et de l’apprentissage de la vie pour trouver sa voie. Traiter la religion est assez rare dans des romans young-adult, un thème qu’on laisse souvent immaculé sous prétexte qu’il est sacré. Avec respect et recul, l’autrice arrive à en montrer les dérives du quotidien et comment elle affecte les gens, d’une bonne et d’une mauvaise manière. C’était extrêmement touchant et rageant à la fois, on a envie d’aider Xiomara tout en restant seulement spectateur.trice de sa vie. 

Enfin, la plume d’Elizabeth Acevedo mêlée à celle de Clémentine Beauvais donne un résultat pour le moins prenant. J’ai été emportée dans l’histoire de Xiomara à travers ses vers, son écriture, ses pensées. Fluide et addictif, j’ai dévoré ce roman en quelques heures. Je vous recommande énormément cette histoire originale, touchante et pleine d’espoir. 

Note : 4,5/5

mercredi 14 août 2019

Chronique "La religieuse" de Denis Diderot




Un de ses amis, le marquis de Croismare, s'étant intéressé au sort d'une jeune femme qui demandait à sortir du couvent où elle avait été placée contre son gré, Diderot eut l'idée facétieuse, en 1760, de lui adresser des lettres prétendument écrites par la religieuse qui lui demandait secours. Le marquis tomba dans le piège, une correspondance s'ensuivit, et l'écrivain, pris à son propre jeu, finit par composer les mémoires que Suzanne Simonin était censée avoir écrits à l'attention de Croismare.


Dans ce roman, nous suivons le personnage de Suzanne, une jeune fille de seize ans, contrainte d’entrer dans un couvent par sa mère. Je me suis beaucoup attachée à Suzanne. Évidemment, elle subit de nombreuses situations peu enviables pendant tout le roman, ce qui nous fait ressentir de la pitié et de l’injustice. C’est une fille qui, dès le début de l’histoire, sait ce qu’elle souhaite dans la vie : retrouver sa liberté, sortir du couvent, construire sa vie en-dehors de l’influence de sa famille et des gérantes du couvent. Sa soif de liberté est communicative et Diderot nous dépeint un personnage qui évolue, courageux et déterminé. Même si sa naïveté ne l’aide pas, on ne peut qu’aimer la suivre. 

Quant à l’intrigue, je craignais les longueurs et un manque cruel de péripéties car il s’agit d’un classique. J’ai été très surprise d’être autant immergée dans l’histoire et de suivre avec empressement la vie de Suzanne. Diderot ne dépeint pas le couvent, les religieuses et la religion comme le souhaiterait son époque. On se situe au XVIIIe siècle, en plein cœur du siècle des Lumières où la religion est assimilée à l’obscurantisme. Diderot a voulu faire passer ce message et révéler la face cachée des couvents de jeunes femmes. Entre harcèlement physique et moral, Suzanne est une victime parmi tant d’autres, une femme qui ne désire pas dédier sa vie à Dieu malgré l’obligation et elle le fait comprendre. Certains passages font froid dans le dos par leur cruauté et finalement, on prend conscience jusqu’à quelle extrémité la religion et la crédulité peuvent amener. 

Enfin, c’est la première fois que je lis un roman de Denis Diderot et j’ai été agréablement surprise par son écriture. Fluide et prenante, elle demeure dans le style de l’époque malgré des adaptations de langage. Il y a de nombreux dialogues, instaurant un rythme et coupant par à coup les descriptions à rallonges, fondement des classiques de l’époque. 

Note : 4/5

mardi 13 août 2019

Chronique "Attachement" de Rainbow Rowell



1999. Lincoln, gentil geek aux faux airs d'Harrison Ford, travaille dans une entreprise où son rôle consiste à contrôler les e-mails des employés. C'est ainsi qu'il parcourt les échanges de Jennifer et de Beth, deux copines aussi drôles et imprévisibles qu'attachantes.
Sans même l'avoir vue, Lincoln va tomber amoureux de Beth. Mais comment lui déclarer sa flamme sans passer pour un fou ? Surtout que la jeune femme semble avoir un faible pour un « inconnu » qui travaille dans le même immeuble...


Après avoir eu un coup de cœur il y a plusieurs années pour Eleanor et Park de la même autrice, j’avais hâte de me plonger dans sa toute première romance. Malheureusement, je ne l’ai pas autant apprécié que sa romance young-adult. 

Dans ce roman, nous sommes en 1999 et nous suivons Lincoln, jeune informaticien qui s’ennuie dans son boulot. Il tombe amoureux d’une femme travaillant dans les mêmes bureaux que lui à travers ses mails. J’ai aimé suivre Lincoln mais je n’ai pas particulièrement aimé son personnage. Il m’a semblé terriblement ordinaire et assez fade en termes de sentiments. Il est très gentil mais a peu d’humour, détient une forte timidité et ne sait pas vraiment ce qu’il souhaite dans la vie. Quant à Beth et Jennifer, les deux protagonistes féminins, elles sont aussi assez clichées. Beth a la particularité d’avoir une grande connaissance du cinéma, ce qui est plutôt intéressant mais ça s’arrête là. 

Du côté de l’histoire, je l’ai trouvé bien trop longue. Le rythme est assez lent malgré des chapitres courts et je n’ai absolument pas été surprise par les retournements de situation. Quant à la fin, elle m’a semblé un peu rapide par rapport au reste du roman. J’en attendais tellement plus et je n’ai pas eu les montagnes russes émotionnelles auxquelles je m’attendais. J’ai eu plutôt l’impression de me retrouver face à un téléfilm M6 à l’eau de rose. 

Malgré tout, la plume de Rainbow Rowell se lit toujours aussi bien. C’est fluide, plutôt prenant et l’autrice arrive tout de même à nous emporter dans son histoire. Heureusement que son écriture est bonne sinon je pense que j’aurais eu beaucoup de mal à terminer son roman. 

Note : 3/5